Après le Tarn et le festival Pause Guitare, Gigsonlive continue sa balade d’été par le Gers pour le festival emblématique Jazz in Marciac.

Un rendez-vous mythique pour tous les amoureux de jazz et autres musiques jazzo compatibles.

Des grosses têtes d’affiches telles que Sting, Marcus Miller, Kool and the Gang, Feu Chatterton ou encore Diana Krall ou Ibrahim Maalouf trustent la programmation du chapiteau construit chaque année pour l’occasion.

Le festival bis est l’atout authentique de ce rendez-vous à taille humaine où de nombreux jazz band (plus ou moins autorisés) viennent coloniser les restaurants, les places et les parcs de ce petit village.
La place centrale organise des sets gratuits de 11h à 18h où tous les amoureux mélomanes peuvent s’en donner à cœur joie.

Notre périple est forcément limité et les deux soirées choisies du 21 et 22 juillet furent jalonnées, pour un non connaisseur comme moi, de découvertes merveilleuses.

On commence par une véritable légende. Fred Hersh, pianiste américain de 70 ans nous fait l’honneur de sa présence en formation trio avec Peter Erskine à la batterie et Drew Gress à la contrebasse.
Un jazz instrumental très cérébral composé de mélodies très douces et lyriques.
L’instant d’un début de soirée, le temps est ralenti et chaque note est une pulsation.


Les grands standarts sont convoqués de Georges Gershwin à Thenolius Monk.
Très proche de la musique classique où concentration et patiente sont requises, notre leader honore pour un rappel délicieux, le compositeur et pianiste Leonard Bernstein.
Comment terminer plus subtil ?
Peut-être par un petit discours où il nous invite à pratiquer la musique pour faire perdurer l’espoir dans un monde « complètement fou » en français svp.

Après ce set minimal proche de la légèreté d’un concert de musique classique, nous avons visité un autre pan de la montagne jazz.
Colline pétrie de swing et beaucoup plus riche en terme de sonorités à l’image de la composition du groupe.
Une section rythmique orchestrée par un pianiste (Conor Rohrer), suivi d’un contrebassiste (Martin Jaffe) et d’un batteur (Ewan Sherman) et accompagnée d’une section cuivre à 4 têtes avec trombone (Eli Feingold), trompette (Jason Charos), saxophone alto (David Mason) et ténor (Kendrick Mc Allister).
Samara Joy, jeune chanteuse de 26 ans est la nouvelle grande voix américaine du jazz, comparée à Nina Simone ou Sarah Vaughan (Rien que ça).


Voix à la tessiture grave mais pouvant parcourir plusieurs octaves pour aller chercher des notes plus aiguës, elle accompagne les envolées de ces musiciens par des scat improvisés.
Une voix en or qui vient irradier tout le chapiteau de son éclat.

La soirée du mercredi nous réserva également son lot de surprises.
Une groupe à la formation atypique vient bousculer les conventions.
Emile Parisien, au saxophone, Yaron Herman au piano, Linda May Han Oh à la contrebasse et le génial Prabhu Edouard aux percussions et tablas indiennes forment le temps d’une soirée un quartet de free jazz détonant.

Pétri de sonorités orientales, ce jazz met en fusion plusieurs univers dont chacun comporte une incroyable richesse.
Des morceaux de 15 minutes viennent nous enivrer pour le meilleurs des sens. Longues nappes planantes ponctuées de solos percussifs où la plupart du temps, le piano est le liant. Entre folie métaphysique et silences captivants, le public connaisseur en redemande.
Nos 4 héros terminent la session par un hommage à une personnalité du jazz récemment disparue, Michel Portal pour qui ce dernier morceau est dédié. Multi instrumentiste et précurseur du free jazz en Europe, Michel Portal a beaucoup apporté à cette nouvelle génération de jazzman et (woman) privilégiant l’improvisation libre et dont nos invités étaient très proches.

Enfin, nous terminons notre périple jazz avec une artiste inclassable.
Cécile Mc Lorin Salvant est une chanteuse franco-américaine à la voix cristalline et puissante. Accompagnée d’un trio, Sullivan Fortner au piano, Kyle Pool à la batterie Yasushi Nakamura à la contrebasse, ils explorent toutes les franges de l’univers musical mélangeant jazz, blues et musical.


Avec des paroles en français mais aussi en anglais, en créole ou en occitan.
Langues héritées de ces racines mais que malheureusement elle ne parle pas, juste assez appris pour honorer ces ancêtres à travers des chants symbole de joie et de spontanéité.

Réalisant encore un pas de côté, Cécile Mc Lorin Salvant nous propose un chant du 17eme siècle, juste suivie du piano, véritable moment de grâce facilement assimilable à un cantique religieux.

Notre invitée du soir, termine son set en rendant hommage à un de ses mentors. Jean François Monnet qui débarque sur scène avec sa clarinette et partage la dernière chanson.
Rencontré au conservatoire lors de son arrivée en France, il l’a poussé sur les chemins du jazz alors que toutes ses envies étaient tournées vers le chant lyrique.
Un dernier moment suspendu qui vient parachever notre voyage à Marciac dans l’univers pluriel du Jazz.
Toujours un immense plaisir de vivre ses moments.
Un pure bulle de fraîcheur dans un monde en surchauffe.
Merci Jazz in Marciac.

Texte : Nicolas Arnal
Photos : Laurent Sabathé