13 avril 2026
Patti Smith clôture et scotche le 19ème « Un Weekend avec Elles »
Patti SMITH, Dimanche 12 avril 2026, salle Cap Découverte à Albi. (Le Garric)
Gigsonlive inaugure un nouvel écrin.
Une petite jauge pour une immense artiste.
À peine 1000 chanceuses et chanceux pour accueillir une icône de la création contemporaine.
Patti SMITH, 79 ans a répondu à l’appel d’Arpèges et Trémolos, association Tarnaise pour ce concert intimiste dans le cadre de la 19ème édition du festival Un Week-End avec Elles.
16 ans après son passage au pied de la cathédrale Sainte Cécile en 2010, notre héroïne revient dans la région pour le bonheur extatique d’un public qui n’en croit pas ses yeux.
La chanteuse emblématique et légende du rock est là, face à nous, en chair et en os.
Pour cette nouvelle tournée, commencée par des concerts à l’Olympia en 2025 pour les 50 ans de son premier album Horses, Patti SMITH revient sur scène accompagnée de quatre musiciens dont son fils Jackson SMITH à la guitare, Seb ROCHFORD à la batterie, et Tony SHANAHAN, comparse de longue date, à la basse et aux claviers.
Les premières chansons vont donner le ton et les couleurs au concert. Des sonorités blues-rock percutantes alternant avec des ballades calmes et envoutantes où sa voix grave se mêle parfaitement aux notes cristallines du guitariste.
Notre poétesse, libre et engagée vient sur scène pour partager plus que des simples chansons.
Elle veut entrer en communion avec son public et favorise de nombreux échanges s’excusant d’ailleurs de s’exprimer en anglais.
Ces introductions imposent une connexion forte et ouvrent les prestations scéniques par des espaces de poésie.
Comme quand elle raconte l’histoire du titre « Break it up », chanson hommage à Jim MORRISSON qu’elle a écrite suite à un rêve où l’esprit de Roi Lézard sortit avec fracas d’une statue de marbre laissant échapper une explosion de millier de papillons.
Ou encore sur cet autre titre où elle évoque les deux faces d’un masque, dualité entre comédie et tragédie comme une allégorie à la vie, faite de joie et de peine.
Les premières chansons rappellent le son brut des débuts et l’émergence du rock garage.
Les influences des sonorités new-yorkaise du début des années 70 sont là, le Velvet Underground ou Television, groupe du chanteur Tom Verlaine cité en début de concert comme référence majeure de l’artiste.
Nous basculerons sur la côté Ouest, vers d’autres horizons plus aériens, quand le groupe reprendra The Cristal Ship des Doors.
Les parties rythmiques deviennent incroyablement planantes avec le trio guitare – basse – batterie qui rentre dans une transe psychédélique où Patti regarde calmement du fond de la scène, assise sur une enceinte.
Une belle alchimie où sa présence magnétique change chaque chanson en véritable incantation telle une prêtresse punk produisant de la magie noire.
Cette silhouette iconique au charisme brut et à la voix rauque et puissante sait se transformer en déesse pour partager un moment de communion comme lors de l’interprétation d’une chanson pour la paix et la liberté écrite par son acolyte Tony en 2003 pour les enfants de Palestine, qu’elle ouvre ce soir, dans le contexte actuel, aux enfants de l’Iran.
Fleurtant toujours avec la performance théâtrale, telle une poétesse de la Beat Generation, Patti SMITH conte son texte pour amener la foule avec elle et entrer ainsi en concorde.
Le calme avant la tempête…
Dans une énergie retrouvée, elle enchaine trois chansons en medley avec le célèbre et incandescent G.L.O.R.I.A. imposant à la face du monde son énergie rageuse et sa soif de liberté.
Fidèle à son anticonformisme, après plusieurs minutes de transe ininterrompue, elle récupère son souffle et sa voix en lâchant un énorme crachat sur scène, nous montrant bien qu’elle n’était pas là pour plaire, mais pour aller aux bouts de ses forces pour livrer sa prestation.
Elle revient pour un rappel, épuisée mais debout.
Quelques mots pour nous dire sa joie d’avoir partagé ce moment avant d’achever ce récital de haut vol par un autre titre phare de son répertoire dont nous avons bien besoin en ce moment, « People are the power ».
Le mélange parfait de la rage du punk avec la grâce de la littérature et de la poésie.
Notre performeuse du soir nous a scotché au sol, par sa présence et son énergie lumineuse.
Assister à un concert de Patti Smith est une expérience unique.
Le vivre dans une salle de 1000 places fut une chance immense qui a décuplé les échanges d’émotions.
Ce fut un moment inoubliable qui restera.
Merci Patti SMITH.
Texte : Nicolas Arnal
Photo :Richard Storchi

