Vendredi 10 et Samedi 11 juillet 2026, Albi, Site de Pratgraussals
Gigsonlive s’expatrie à Albi, cité voisine, pour la 30ème édition du festival Pause Guitare.
Inventé en 1997, par Alain Navarro, et orchestré par l’association Arpèges & Tremolo, ce festival offre aux tarnais et voisins mélomanes une bulle de musique pendant 5 jours.
Alors que beaucoup d’événements furent annulés ces dernières semaines, nous avons prié pour que la pluie tombe (pas trop fort non plus) avant les arrêtés préfectoraux.
Le ciel nous a entendu, et nous a offert quelques gouttes de fraîcheurs vendredi soir.Pas assez pour faire disparaître cette canicule mais suffisamment pour ne pas envisager l’annulation.
Outre les conditions climatiques, des conditions logistiques sont venues perturber cette belle fête.
En effet, certaines productions (plutôt inter que nationales) ont décidé de limiter l’exercice des photographes.
Soit en refusant l’accès aux crash ainsi que toute captation depuis le public (ce qui est un comble quand on voit le nombre de téléphone au mètre carré…)
soit en demandant de signer un contrat (en anglais) stipulant que toutes les images produites deviendraient automatiquement la propriété des productions des artistes photographiés.
Elles pourraient être utilisées sans même la mention du crédit du photographe.
Profession déjà très précaires, ces artisans ne sont pas payés pour réaliser ces prises de vue.
Seule la passion nourrit ces hommes et ses femmes qui font ce travail merveilleux de promotion des artistes par leur vision singulière.
Mais supprimer leur identité et ne mentionnant pas les crédits revient à les déposséder de leur travail et pose une grave question de propriété intellectuelle.
On voudrait remplacer ce métier par une intelligence artificielle, on ne s’y prendrait pas autrement.
Nous n’avons pas l’habitude chez Gigs de faire de la politique mais ne pas s’exprimer sur cette injustice aurait constitué personnellement une erreur.
Nous n’avons donc bien entendu pas signer ces documents et essayé de faire notre travail au mieux depuis le public.
Ceci étant dit, laissons place à la musique.
Nous sommes venus pour ça !!
Et sur ce registre, nous sommes rarement déçu.
La programmation de vendredi 10 juillet ravira les puristes pestant qu’il y a de moins en moins de guitare.
En effet, les 4 artistes de la scène Pratgraussals en sont des éminents représentants.
On commence par Véronique Sanson, dont l’instrument fétiche est bien entendu le piano, mais nous a tout de même offert son lot d’accords à la guitare électrique.
Toujours présente par son timbre reconnaissable, elle enchaîna ses tubes pour un public majoritairement aux cheveux d’argent qui connaissait toutes les paroles.
Elle adressa des mots touchants remerciant le public des messages d’amour qu’elle a reçu ses dernières semaines. Elle avait connu, en effet, quelques annulations suite à des problèmes de santé.
Pouvant paraître fragile, (il faisait plus de 35 degrés), elle ne lâche rien de sa prestation et a gardé son célèbre vibrato.
Un joli moment plein d’émotions où elle fut accompagnée d’une troupe de musiciens fantastiques.
Elle finit sa prestation par 4 chansons, seule avec son piano et sa voix si singulière.
Autre monument du patrimoine de la chanson française, Jean Louis Aubert revient à Albi après plusieurs prestations dont celle mythique avec les Insus en 2017.
Comme à son habitude, énergique et d’une immense générosité, il pris possession de toute la scène pour proposer le meilleur de l’ensemble de son œuvre.
Ses chansons en solo comme C’est quand ça commence, Alter ego ou Juste une illusion et bien entendu les tubes de Téléphone.
New York avec toi , Crache ton venin, La bombe humaine, Ça c’est vraiment toi, autant de titres où la guitare règne.
Jean Louis est un archer a plusieurs cordes et peut poser sa guitare pour passer au piano (ou un petit orgue) pour compléter ses classiques avec notamment Le jour s’est levé.
Une version délicate de Un autre monde viendra clôturer la séance encore une fois mémorable.
Ben Harper and the Innocent Criminals vient poursuivre cette belle programmation avant de conclure avec les anglais de the Kooks.
Introduction collective tel un rituel chamanique, les cinq membres du groupe américain sont en cercle pour un Gospel a capella.
Comme pour unifier les âmes avant un grand voyage.
Périple fort agréable pour un fan de mon espèce où tous les titres proposés sont des grands standards de son répertoire.
Jah Work, Ground on down, Steal my kisses, With my own two hands, The will to live, autant de morceaux somptueux, le tout servi dans des arrangements très acoustiques et minimalistes.
Un pur moment de blues moderne ponctuées de balades délicieuses et d’instants reggae.
Un salut à Jean Louis Aubert qui vient embrasser Ben Harper sur scène et ça repart dans les nuages.
Diamond on the inside, She´s only happy in the sun et Amen Omen viennent terminer ce doux rêve où le public enchanté aurait apprécié un petit rappel.
Toujours très émouvant avec cette voix qui se bonifie avec le temps, Ben Harper est surtout un fin guitariste.
Reconnu mondialement pour ses mélodies au toucher sensible, notre héros du jour nous régala à l’aide d’une bonne dizaine de guitares différentes dont sa célèbre Weissenborn qui l’utilise comme le veut la tradition hawaïenne, assis, pratiquant le Guitar Slide à l’aide de son bottelneck métallique.
Il envoûta l’assistance de ses sonorités distordues et de cette expressivité musicale rare.
Les concerts de Ben Harper sont toujours singuliers, tous différents les uns des autres, et représentent une expérience inclassable d’une puissante authenticité.
Une grande soirée Folk Rock du vendredi pour un retour aux basiques.
Avant la soirée du samedi qui s’orientera plus sur les musiques urbaines, rap et electro avec comme têtes d’affiches, Riles, Miki et les mastodontes Orelsan et Mosimann.
Des problèmes ferroviaires nous font rater les deux premiers artistes et nous arrivons samedi soir, juste avant le début d’un des show les plus incroyables que j’ai eu la chance de vivre.
Aurélien Cotentin est un acteur phare de l’industrie musicale en France.
Multi récompensé, le rappeur Orelsan commence son dialogue avec le public avant même d’arriver.
Par écrans interposés, le show démarre et nous demande si on est prêts !!!
Imaginez la réponse du public…
Son visage apparaît, il est couché sur une civière avec deux secouristes.
Il chausse un micro et commence à chanter,
On croit tous à une bande enregistrée mais on comprend très vite en reconnaissant les lieux qu’on est en direct.
Arrivée sur scène tonitruante avec effets de fumée…
Les réseaux sont déjà saturés de cette vidéo qui tournait en boucle dès le lendemain matin…«
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Nous allons donc assisté à une version réduite de son film yoroï sorti au cinéma en 2025.
Le message est clair: « Deviens meilleur ».
Il attaque fort par un morceau puissant devenu un classique dénonçant les stéréotypes.
Basique, est repris en coeur par un public déjà déchainé.
Attaque du monde moderne, relation à son couple comme retour à l’enfance et au rapport du temps qui passe,
les thèmes sont variés et transversaux chez Orelsan, qui distribue ses messages en déroulant son répertoire.
La quête, Ailleurs, Boss, Jour Meilleur… sont autant de titres dont les paroles ont façonnés les débuts de vie d’adulte d’une grande partie du public…
Il suffit de l’entendre à l’unisson pour s’en persuader.
Expérience visuelle unique entre concert, cinéma, jeu vidéo, spectacle théâtral avec cascades, Orelsan sera sur tous les fronts.
Des captations vidéos dignes d’un film de cinéma avec caméra « à l’épaule » pour un visuel immersif.
Fond d’écran avec un léger travelling latéral alors qu’il marche sur place pour un effet simple mais incroyablement réussi.
Spectacle chapitré avec voix off.
Combats de guerriers scénographiés avec cascadeurs qui jouent les méchants.
Autant d’ingrédients qui rendent ce show unique et exceptionnel.
Très touchant dans son approche artistique, où il s’autorise beaucoup d’autodérision sur son succès avec son double maléfique SAMA,
Orelsan continue de dénoncer les grands fléaux de notre société autant que nos petites lâchetés du quotidien.
Il termine en consensus avec un air fédérateur qui ravi l’assistance et où tout le monde sera d’accord (bisous les platistes) La terre est ronde.
On clôture notre séjour tarnais avec un OVNI.
Ancien gagnant de la star Academy il y a près de 20 ans, Quentin Mosimann est devenu depuis quelques années un DJ et producteur reconnu de la scène musicale.
En attendant le show man, on observe le ballet des techniciens et la scénographie est dingue.
Visuellement rétro futuriste façon Mad Max mais plutôt version Venom avec plus de fluidité dans les formes.
Une batterie perchée au centre, et un grand paddle central avec ordinateurs, claviers, et platines entourés de 4 mannequins formant silhouettes.
Comme le grand vaisseau d’une armée d’envahisseurs.
Jets de fumée et pyrotechnie font apparaître notre artiste telle une boule de feu.
Un set d’une heure quinze sans réels temps morts.
Le mixage est audacieux. On peut entendre un sample de Nirvana où les riffs de guitare de Smells Like Teen Spirit se mélangent à une techno intense.
Les basses ultra puissantes – à en faire vibrer les sternum – sont mêlées à des envolées instrumentales très organiques.
Une traversée musicale incluant de nombreuses influences avec des imports de Daft Punk (beaucoup), Fat Boy Slim, Justice, ou encore Bouga où les premières notes de Belzunce Breakdown font explosé le public.
Star sur les réseaux où il a conquis une partie de ses auditeurs (dont je fais partie) en réalisant « le track de vos rêves », Mosimann a conclu un marché avec l’artiste Gaëtan Roussel.
Il a réalisé son track et a demandé au chanteur de Louise Attaque de pouvoir le « sortir » et ainsi le réaliser à chaque date de sa tournée.
Le travail et la patte ont fait le reste… c’est devenu un tube fédérateur où chaque soir, Mosimann joue ce morceau, et envoie une vidéo à Gaétan.
L’énergie et la sincérité de cet artiste ont fait leur preuve.
Il termine ce show de façon intimiste et touchante où l’écran géant central nous diffuse des vidéos de toute sa carrière d’artiste.
Enfant, quand il commencé à chanter aux anniversaires et aux communions, jusqu’aux passages télés de la Star Ac’ où on le voit chanter avec Johnny ou Céline Dion, pour finir enfin en DJ set sur toutes les scènes du monde.
Un immense talent pour un bourreau de travail qui a su développé un univers singulier et éclectique.
En comparaison du vendredi, très familier pour moi avec ces artistes « grateux » (que j’ai adoré) dans une tendance très globale folk rock,
La soirée du samedi allait m’imposait de sortir de mon confort pour aller vers des contrées beaucoup moins visité (en live en tout cas) depuis 25 ans.
Quelle claque mes amis !!!
Reconnaissant leurs talents depuis toujours mais sans vraiment prendre part à la fièvre, ces deux derniers artistes ont techniquement et visuellement explosé mes limites de ce que pouvait être un set dans un festival.
Je suis parti vidé énergiquement mais rempli d’une émotion incroyable.
Le plafond de mes limites mentales a bougé d’un cran et ça fait du bien.
Surtout en ce moment…
Alors un grand merci à tous ces artistes pour leur générosité.
Ils étaient nombreux et variés, avec en plus de l’immense plateau de Pratgraussals, une scène émergeante avec le prix Magyd Cherfy, les Québécofolies ou encore la Scène Pollux.
Choisir c’est se priver et comme d’habitude chez Gigsonlive, on ne commente que ce qu’on voit et on ne publie que ce qu’on aime.
Merci donc à Véronique, à Jean-Louis, à Ben, à Aurélien et à Quentin, votre énergie et votre talent a su fédérer bien au delà des publics déjà conquis.
Et un immense merci à Monsieur Alain Navarro, fondateur de ce festival initié en 1997 devant 170 entrées payantes.
29 ans plus tard, 12 salariés et 1800 bénévoles permettent d’accueillir des dizaines de milliers de festivaliers chaque année qui ont vu passé au fil du temps, Patti Smith, Bob Dylan, Elton John, Sting ou encore Moustaki et Higelin les premières années.
Cette édition est un passage de relai, à 69 ans, il donne le témoin à Marine Peyroux, co-directrice de l’association Arpèges & Trémolos et présente à ses côtés depuis plus de 15 ans.
Et quand on évoque l’authenticité et le côté familial de ce festival, qui je le rappelle n’est pas financé par une major, je terminerais cet article par une anecdote qui m’a humainement touché.
Je repartais vendredi soir, rincé de la soirée par une des sorties secondaires menant vers le centre ville.
Et fut acclamé, pas moi personnellement mais tous les gens qui sortaient, par les responsables de cette association avec en première ligne Alain Navarro.
Compte tenu de son expérience et de sa notoriété, il aurait pu être en loge avec les artistes…
Mais non, il était sur le côté d’une sortie secondaire, applaudissant les festivaliers, les remerciant pour leurs venues et leur souhaitant bonne route pour rentrer.
Le reconnaissant, je lui ai tendu et serré la main, le remerciant à mon tour.
Alors un grand merci à Pause Guitare pour cette merveilleuse édition
et un immense merci à Monsieur Alain Navarro pour votre amour des gens et de la musique, vous allez nous manquer mais la relève est là.
A l’année prochaine…
Texte : Nicolas Arnal
Photos : Nicolas Bouchet



































